Cadence

By | 21 May 2013

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BOOK (IN FRENCH ONLY)  / 160 PAGES – 16 PAGES INCLUDING PHOTOS / 2007

This book – unfortunatly only available in french – carry us deeper into the author’s cycling adventure: 8000km from Mongolia to India.

RÉSUMÉ – “Where did they get the idea to make this journey of more than 8,000 kilometers across Asia? In May 2005, Melanie Carrier and Olivier Higgins left for a great cycling adventure, which transports them from the nomadic peoples of Mongolia to the plains of the Ganges River in India, through Xinjiang, the Taklamakan Desert, Tibet and Nepal. A great journey motivated by a dream: make their first movie, Asiemut.

Border crossings, sand storms, illegal entry into Tibet, crowded cities of India … What primarily characterized this adventure are his incredible encounters. At the rate of the pedal stroke, Melanie faces the greatest test of all: that of confronting its own limitations.”

PROLOGUE (IN FRENCH ONLY)

Minuit. Nous venons de manger l’un des meilleurs banmian de tout le périple. Doucement, nous embarquons sur nos vélos et nous nous dirigeons vers l’extérieur de la ville. À peine cinq kilomètres après avoir quitté la périphérie du centre-ville, nous apercevons les lumières de ce qui sera le premier poste de contrôle à contourner. Bouboum, bouboum… Je sens mon pouls dans mes oreilles, le sang circuler dans chacune des artères de mon corps… Nous sommes encore loin, mais déjà nous devons nous éloigner de la route et nous cacher dans les boisés. L’accès à plusieurs régions du Tibet est interdit au voyageur individuel. Et pour atteindre Lhasa, il faut y entrer clandestinement…

D’où nous est venue l’idée de cette folle aventure ? Une grande traversée à vélo qui allait nous transporter de la Mongolie à la plaine du Gange, en Inde, en passant par le Xinjiang, le désert du Taklamakan, le Tibet et le Népal. Un long périple qui nous permettrait de partager, par l’intermédiaire de la vidéo, nos valeurs, notre vision de la vie et notre passion pour la vie. Un parcours à la découverte des peuples de l’Asie et à la découverte de soi…

La première fois où j’ai assisté à une représentation du Festival du film de montagne de Banff à Québec, j’ai rêvé d’y présenter un jour un film que j’aurais réalisé. Olivier était assis à mes côtés et nous avions seize ans. À cette époque, il était mon confident, mon meilleur ami. Deux années plus tard, nous étions d’inséparables amoureux.

Les projets se sont succédé : le baccalauréat en biologie, une année d’études à La Réunion, un projet en environnement à Madagascar, au Népal. Parallèlement, notre grande passion sportive, l’escalade, guidait nos moindres déplacements. Nous ne pouvions regarder une seule parcelle de roche sans rêver de la grimper ! À chaque fois, nous trimbalions avec nous notre caméra dans l’espoir de pouvoir partager à notre retour une infime partie de ce que nous avions vécu.

Alors pourquoi l’Asie à vélo ? Simplement parce que nous voulions réaliser notre premier film. Un film qui toucherait un grand nombre de personnes et qui, d’une région à l’autre, d’un contraste à l’autre, nous permettrait de partager notre vision de la vie. En nous déplaçant à vélo sur une grande distance, en rencontrant des peuples de différents horizons, nous pourrions à coup sûr parler de traditions comme de modernité, de l’importance de nos choix comme de celle de trouver notre place en société.

Chronologiquement, nous passerions des derniers peuples nomades d’Asie à l’un des pays les plus peuplés du monde. Au rythme de nos coups de pédale et à celui des populations locales, nous traverserions l’une des régions les plus arides de la planète : un parcours où nous aurions à découvrir notre propre cadence

Oulan-Bator, la ville qui se lève tard

Nous allons atterrir à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, la plus grosse ville du pays. À moitié endormie, j’entends le vrombissement des moteurs de l’avion, puis je sens Olivier me donner un coup de coude dans les côtes : « Regarde par le hublot  ! ». Il n’y a rien à l’horizon. Aucune route, aucune habitation, que des vallées vertes qui se perdent à l’infini. Au loin, j’aperçois quelques points blancs, des yourtes probablement ou ger en langue mongole : ces habitations nomades traditionnelles dont j’ai lu quelque part qu’elles étaient parfaitement adaptées aux intempéries. Du haut des airs, toutes mes lectures me semblent loin de la réalité que j’entrevois par le hublot.

Après avoir passé les douanes, nous récupérons nos vélos minutieusement emballés dans leurs grosses boîtes de carton. En sortant de l’aéroport, des chauffeurs de taxi nous font de grands signes, mais nous n’avons pas besoin d’eux… Nous avons notre propre moyen de transport ! Nous assemblons avec quelque peu de difficulté notre nouvelle maison sur deux roues sous l’œil d’infatigables curieux et nous prenons la route vers la capitale.

Au détour d’une colline, nous apercevons Oulan-Bator et sa banlieue, unique en son genre. Nous traversons le faubourg peuplé d’anciens nomades qui habitent des yourtes entassées les unes sur les autres. Cette ville me donne des frissons. Son style architectural bétonné rappelle l’époque communiste russe. La cohabitation des yourtes avec ces vieux édifices en ruine ajoute une certaine tristesse à ce décor surréaliste. Au premier regard, Oulan-Bator ne semble pas épargnée par le fléau de la pauvreté et de l’alcoolisme. Des hommes soûls errent dans les rues et des familles entières vivent dans des bicoques délabrées. Est-ce la sédentarisation des nomades qui a causé tout ce grabuge ? Je ne peux m’empêcher de penser à l’histoire qui se cache derrière ces murs de béton.

Au centre-ville, nous découvrons une tout autre réalité : une certaine effervescence « à l’américaine » alimentée par la vocation de nouveaux riches prêts à révolutionner le pays ! C’est le choc entre deux mondes : Oulan-Bator la moderne, avec ses restaurants, ses voitures de luxe, son Coca-Cola, qui côtoie une Mongolie en transition où les manifestations culturelles d’un mode de vie ancestral se percutent aux talons hauts du monde occidental. Pendant ce temps, des aînés portent l’habit traditionnel et se déplacent à cheval en plein cœur du centre-ville…

Déjà, la barrière de la langue se fait sentir. Il faut gesticuler, mimer, tenter de bien prononcer. D’origine ouralo-altaïque, la langue mongole ne ressemble en rien à tout ce que j’ai entendu. Même le malgache, qui de prime abord m’avait semblé impossible à comprendre, m’apparaît simple comparativement à cette langue gutturale qui utilise les cordes vocales d’une façon dont je ne peux m’expliquer. Les quelques mots appris avant le départ sont fort utiles, mais il est clair que nos minidictionnaires seront indispensables. Nous passons dix jours à Oulan-Bator à préparer le départ et à attendre la prolongation de nos visas.

Un départ

C’est parti ! Nous quittons Oulan-Bator en fin d’après-midi. Pour ces premiers coups de pédale, je suis loin d’être habile ! Tous ces kilos de bagages ne font que me déséquilibrer un peu plus. Jusqu’en Inde… Je ne peux y croire, moi qui n’ai jamais vraiment fait de vélo !

La sortie de la ville est difficile. Il y a tellement de voitures et surtout, tellement de pollution. Mais quel type d’essence utilisent-ils ? Nous progressons dans cette atmosphère surréaliste où la modernité se heurte continuellement au temps passé. Des yourtes sont plantées dans l’arrière-cour d’un édifice et des hommes à cheval se fraient un chemin en plein cœur  du trafic. Rapidement, nous quittons le centre-ville. La Mongolie, celle qui peuplait mon imaginaire, s’ouvre enfin devant nous.

Ce qui me frappe dans un premier temps, c’est l’immensité du ciel. Puis, le vert de la steppe. Oulan-Bator est à peine à quelques kilomètres derrière nous et déjà, cette ville me semble bien loin. Pour l’instant, nous roulons sur ce que nous pouvons appeler une route pavée. Sur le bord du chemin, des hommes s’affairent à réparer des crevaisons, des nomades vendent des peaux de mouton et des camionnettes datant de l’ère communiste nous dépassent en trombe. Les klaxons retentissent et plusieurs passagers nous saluent avec de grands signes de la main. Même le vent s’est levé pour nous accueillir. Il prend un plaisir fou à nous souffler à l’oreille notre témérité… Pour une première expédition à vélo, nous n’y sommes pas allés de main morte, mais c’est tout à fait typique de ma personne que de me lancer dans de telles aventures qui exigent tout de moi et me confrontent à mes propres limites.

Quarante-cinq kilomètres ! Cela résume notre première journée. Du vent, des surprises, des courbatures et un immense sentiment de liberté. Assis près de la tente et de mon bol de nouilles à cuisson rapide, je souris. Je sens cette frénésie du départ qui, comme à toutes les fois que j’ai quitté mon petit patelin, m’envahit. Il doit exister une hormone de l’aventure encore jamais identifiée que je produis en quantité astronomique et qui m’empêche de me sédentariser complètement….

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